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Rapa Nui, le récit mystérieux d’un écocide encore actuel

[Sorry, only french for now…]

Depuis de nombreuses annees, l’île de Paques nourrit curiosité et fascination à travers le monde entier. Ses célèbres statues, appelés Moaï, font de cette île et de ses habitants une source de mystères encore irrésolus. Aujourd’hui, les Pascuans subissent de profondes transformations et tentent de conserver cet héritage ancestral qu’est la culture Rapa Nui.

Cette île volcanique, située à 3500 km de la côte chilienne et à 4200 km de l’archipel de Tahiti, est la plus isolée du monde. Sa surface, de 166 km2, accueillant 3 anciens volcans. Cette petite terre, perdue au milieu de l’océan, eut été vraisemblablement peuplée initialement par des polynesiens arrivés en pirogues depuis les îles Marquises, à 3200 km de là. De récentes études ADN appuient cette thèse de l’origine Sud asiatique. La date de début de cette migration reste encore discutée, des mesures radioactives la situe entre 400 et 1200 ap JC.

 

Une seule vague de peuplement d’une centaine d’individus serait ainsi à l’origine du peuple Rapa Nui, qui est le nom originel de l’île et de ses habitants. Certains éléments viennent tout de même étayer l’hypothèse de contacts avec des populations précolombiennes d’Amérique du Sud, tel que l’empire Inca. Il est notamment très surprenant de retrouver les restes d’un mur de style Inca sur l’île. Ce qui reste inexpliqué, c’est que ce mur aurait été daté d’avant l’apparition de l’empire Inca. Quelques mots de vocabulaire, utilisés par les Rapa Nui, ayant des racines Sud américaines viennent

également confirmer cette thèse du contact. Cependant, nous ne savons toujours pas si ce sont des navigateurs Rapa Nui qui ont fait le voyage allez-retour en Amérique ou l’inverse… Certains Rapa Nui parlent même d’influence Vikings sur l’île, car certains enfants sont blonds de façon inexpliquée. Toujours est-il que jusqu’à l’arrivée des Européens sur l’île en 1722 et pendant de nombreux siècles, on considère que les Rapa Nui ont vécu en quasi-autarcie.

 

Dès l’arrivée des colons polynésiens, le culte des Moaïs a largement été pratiqué sur l’île. Il s’agit de colossales statues en pierre volcanique, représentant les esprits protecteurs des ancêtres. Étant tournés vers l’intérieur des terres de l’île, ces géants de pierre à la silhouette humaine avaient très probablement le rôle de défendre la tribu contre les mauvais esprits. Seuls 7 Moaïs sont tournés vers l’extérieur de l’île, exactement orientés vers les îles Marquises : berceau de la migration. Les polynésiens devaient déjà donc avoir des compétences avancées en astronomie pour, aussi bien naviguer que maîtriser des techniques d’alignement pour leurs Moaïs. Ceux-ci faisaient entre 3 et 21m de hauteur et pesaient plusieurs tonnes. Ces statues étaient taillées grossièrement dans une carrière vers la côte Sud de l’île, à l’aide d’outils en bois et en pierre, transportés et affinés sur l’emplacement final.

Une question reste toutefois au cœur du mystère des Moaïs : Comment les Rapa Nui déplaçaient-ils ces Moaïs, sachant que certains pesaient plus de 50 tonnes et ont parcouru 15 km ? Diverses théories ont été formulées, certaines jusqu’en 2011, à propos du transport de ces Moaïs. Une première consiste à mettre le Moaï sur un traineau en bois et le tirer à l’aide de cordes directement sur les chemins. Une deuxième à utiliser le même système de traîneau, mais de le faire glisser sur un chemin fait de rondins de bois. Une autre repose sur l’usage de deux grands poteaux en V, attachés au cou du Moaï couché sur le ventre. En tirant des cordes pour faire bouger les poteaux vers l’avant, le Moaï pouvait être traîné. De nombreuses autres hypothèses ont été avancés, dont même la participation de forces extraterrestres, mais aucune ne semble totalement plausible… De leur côté, les Rapa Nui ont toujours affirmé que les Moaïs “marchaient”… Une idée qui pourrait sembler folle, et pourtant, cette possibilité fut mise en pratique dès 1980. Deux équipes font balancer la statue, en position debout et légèrement incliné vers l’avant, d’un côté et de l’autre en tirant des cordes, tandis qu’une troisième l’assure en tirant vers l’arrière. Le mouvement de balancier permet de faire avancer le Moaï sur son côté droit, puis sur son côté gauche et ainsi de suite. Malgré les risques assez élevés de chute et de destruction de cette méthode, elle semble aujourd’hui la plus probable et permettrait une vitesse de déplacement d’environ 1 km/h.

Ce qui est sûr, c’est que ce culte des Moaïs a dû nécessité une coopération notable entre les tribus de l’île, notamment concernant la gestion des chemins et des ressources dans les differentes carrières utilisées. Une étude de 2018 aurait mis en évidence un lien clair entre emplacement des Moaïs et point d’accès à l’eau douce. Pour une île où il n’y a pas de rivière, et où il ne pleut presque jamais, ces statues auraient pu jouer le rôle de signalisation pour indiquer la présence d’un écoulement d’eau fraîche souterraine. En plus de leurs dimension spirituelle, on pourrait penser que la position et la taille de Moaïs seraient également l’illustration de la concurrence entre clans pour posséder des sources d’eau en quantité et en qualité.

Pour un peuple reconnu pour ses guerre des clans fréquentes, cette adoration des Moaïs a su garantir une paix sur l’île pendant plus de 400 ans. Pourtant à un moment donné, ce culte fut mystérieusement contesté et déchu. Rapidement tous les Moaïs furent couchés, avec interdiction d’en sculpter de nouveau. Un Tapu, ou tabou, fut imposé à la carrière avec des silhouettes de Moaïs sculptés dans la pierre mais volontairement non achevés, de sorte à ce qu’il ne reste plus de place pour en sculpter de nouveaux. Ce changement de culture très rapide désigne ainsi le début du culte de Manutara et de la compétition de l’homme oiseau. Cette cérémonie était une façon de rendre hommage au dieu créateur Make Make, et de façon plus pragmatique, était un système de répartition du pouvoir sur l’île car il permettait d’en désigner le roi pour une année. Afin d’obtenir la gloire et d’apporter le pouvoir à leur tribu, les concurrents devaient descendre une falaise de 300m puis nager un kilomètre jusqu’à une ile pour aller trouver un œuf d’oiseau marin et finalement le ramener intact au point de départ de la course. Cette épreuve, alliant force et délicatesse, fut pratiqué jusqu’à ce que les colons aient commencé à christianiser l’île en 1866.

Lorsque les colons occidentaux sont arrivés la première fois sur l’île en 1722, ils ont été surpris de découvrir une civilisation en déclin et une île dépourvue d’arbres. Une théorie largement diffusée, L’Effondrement, accusa alors les Rapa Nui d’ecocide ayant pour cause la déforestation nécessaire à la construction des Moaïs. Sans arbres il aurait été impossible de conserver une agriculture et une chasse durable à cause de l’érosion des sols, du manque de filtration des eaux ou encore de la raréfaction d’habitats naturels pour la biodiversité animale… Quelques années plus tard, cette thèse fut remise en cause pour qualifier les Rapa Nui non pas de destructeurs mais plutôt des précurseurs écologiques. Ils auraient développé des techniques d’agroécologie avancées, comme l’insertion de pierres volcaniques partout dans les champs pour retenir l’humidité et améliorer le drainage des sols ou encore l’utilisation de techniques de serres en pierres pour protéger les cultures. Des exemples témoignant des prouesses d’adaptation, utilisant des ressources locales considérées comme durables. La déforestation aurait été, elle, au moins en partie causée par l’importation de rats sur l’île par les polynésiens.

La découverte de l’île par les Européens marque le début d’une époque d’esclavage et de maladies pour le peuple Rapa Nui. La population native de l’île fut alors presque totalement éradiquée, seuls 110 individus survécuent, ascendants directs des Rapa Nui actuels vivant sur l’île. C’est donc plus un génocide et non un écocide qui a causé la disparition des Rapanui, même si une catastrophe écologique a bien eu lieu.

Aujourd’hui, l’île compte environ 8000 habitants, dont seulement 10% sont Rapa Nui. Le reste de la population est originaire du Chilie, pays ayant annexé l’île en 1888. Encore à ce jour, l’état chilien possède plus des ¾ des terres de l’île. Face à cette situation, une volonté d’indépendance commence à naître chez les natifs depuis quelques dizaines d’années pour revendiquer la restitution de leurs terres. L’enjeux économique lié au tourisme dans le parc de l’île a récemment poussé les autoritées Chiliennes à réprimander avec violences les protestations. Une avancée diplomatique a tout de même été accordée en faveur de la cause Rapa Nui en août 2018, le nom officiel “Ile de Pâques” qui ne reflète pas la culture originelle des indigènes a été écarté au profit de “Rapa Nui”.

Par ailleurs, le peuple Rapa Nui est actuellement en plein processus démocratique pour redéfinir la gouvernance du parc et restructurer sa gestion. En effet, dans un objectif de faire bénéficier du tourisme les communautés locales, le gouvernement Chilien a récemment accordé une concession du parc aux Rapa Nui pour 20 ans. Malheureusement, cette gestion a été faite de façon malhonnête et les profits étaient injustement repartis. Des élections sont donc organisées pour nommer un nouveau conseil d’administration. Celles-ci sont un enjeu important pour apporter plus de transparence à la gestion du patrimoine Rapa Nui et pour ne pas donner de raisons légitimes au gouvernement Chilien de reprendre le contrôle du parc.

Ce sentiment d’appartenance identitaire Rapa Nui est clairement représenté par un jeune mouvement culturel et artistique. De nombreux cinéastes, musiciens ou bien danseurs prouvent que la culture Rapa Nui est ancestrale mais encore pleine vitalité. Ils réclament notamment le droit à l’autodétermination de leur peuple et au retour des Moaïs disséminés dans les musées à travers le monde. Ainsi le mana, force spirituelle des Moaïs, rapporterait la paix sur l’île Rapa Nui et la prospérité à ses habitants.

https://blogs.mediapart.fr/rene-doudard/blog/010416/rapanui-lhistoire-cachee-de-lile-de-paques

https://www.franceculture.fr/sculpture/ile-de-paques-le-combat-du-peuple-rapa-nui-pour-la-restitution-de-son-patrimoine-culturel

https://tahitileblog.fr/tourisme/ile-de-paques-histoire-mysteres-rapa-nui/

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